Entdinglichung

… alle Verhältnisse umzuwerfen, in denen der Mensch ein erniedrigtes, ein geknechtetes, ein verlassenes, ein verächtliches Wesen ist … (Marx)

Jean-René Chauvin (1918-2011)

Posted by entdinglichung - 11. März 2011

Mit Jean-René Chauvin starb am 27. Februar einer der letzten Überlebenden aus einer Generation von Revolutionären, nachfolgend dokumentiert ein Nachruf von Olivier Delbeke, gefunden auf der Webseite von Workers‘ Liberty:

¡Jean-René presente!

Jean-René Chauvin est décédé le 27 février 2011. Ainsi le matricule 201627, tatoué par les nazis sur l’avant-bras de Jean-René Chauvin lors de sa déportation en 1943, ne témoignera plus contre la barbarie du siècle passé.

Jean-René Chauvin avait survécu à la fréquentation de plusieurs camps de concentration (Mathausen, Auschwitz, Buchenwald), là où le travail forcé devait vous achever en peu de temps. Échappant à l’épuisement, à la maladie, aux bagarres mortelles pour un bout de pain rassi et même à un projet d’assassinat fomenté par l’encadrement stalinien d’un camp, Jean-René avait mené le combat de la mémoire, notamment en rédigeant son livre „Un trotskiste dans l’enfer nazi“, et en soulignant les nombreux points communs du système concentrationnaire nazi avec celui du Goulag.

Avec la disparition de Jean-René, c’est le départ d’un des derniers témoins d’une génération qui avait incarné la possibilité de la victoire contre la réaction, de refaire Octobre, de vaincre Franco, la possibilité d’empêcher par la révolution socialiste une nouvelle guerre mondiale plus meurtrière que la précédente.

Cette génération avait rejoint Trotsky dans les années 30 sans avoir connu directement le recul de la révolution au sein même de la 3ème Internationale avec la défaite de l’Opposition de gauche en URSS en 1928. Malgré son ardeur, sa détermination politique à combattre le capitalisme aussi bien sous sa variante „démocratique“ que fasciste ainsi que le stalinisme, cette génération fut vaincue par la seconde guerre mondiale même si cela ne signifiait pas nécessairement sa mort physique.

Jean-René Chauvin était né en 1918 peu de temps avant la fin de la guerre. Son vieux père était un dirigeant guesdiste de la SFIO, familier des congrès de l’Internationale avant 1914, qui s’étonnait toujours du rôle prépondérant pris ultérieurement dans les affaires du monde par un émigré isolé du nom de Lénine.

Dés le lycée, participant aux Jeunesses socialistes à Bordeaux, Jean-René sympathise avec la GR de Pivert mais c’est l’impact de la guerre civile en Espagne et l’annonce des procès d’aout 1936 à Moscou qui le mènent au trotskisme. Il gardera toute sa vie un air d’éternel jeune homme. Pourtant, son parcours politique de plus de 75 ans dans le camp du socialisme révolutionnaire aura vu bien des événements propres à prendre un coup de vieux précoce.

En plus du traumatisme de la déportation, Jean-René a connu le destin tragique du trotskisme au sortir de cet événement charnière du siècle passé que fut cette guerre mondiale. Alors que la Quatrième Internationale avait été lancée en 1938 sur le pronostic que, dans les 10 prochaines années, dans le tumulte de la guerre mondiale qui venait et des révolutions qui s’en suivraient, „il ne resterait pas pierre sur pierre des organisations traditionnelles“, la réalité des années post-1945 fut toute autre.

A la place de l’écroulement du stalinisme, on assista à son extension au-delà des frontières de l’Union soviétique sur la moitié orientale de l’Europe tandis qu’en Asie, il assujettissait des centaines de millions de personnes en plusieurs pays (Chine, Corée du nord, Nord-Vietnam). Au lieu d’en tirer les conséquences adéquates en reconnaissant cette défaite de la classe ouvrière avec le maintien conjoint du stalinisme et du capitalisme, complices dans ce nouveau partage du monde et dans l’écrasement du mouvement ouvrier tout en restant simultanément férocement concurrents, le mouvement trotskiste après Trotsky procéda à une rationalisation auto-destructrice en décrétant qu’il n’y avait pas de défaite. Au contraire, il affirma qu’il y avait extension ininterrompue de la révolution mondiale au fur et à mesure de l’apparition de mouvements armés combattant l’impérialisme de l’Ouest avec des AK-47 et autres fournitures militaires soviétiques.

Jean-René Chauvin fit partie, avec Yvan Craipeau, de la majorité abusivement qualifiée de „droitière“ qui dirigea brièvement le PCI, section française de la Quatrième Internationale, en 1947-1948. Cette direction ne tiendra pas face au désenchantement, malgré la vague de grèves de 1947, dont la fameuse grève Renault. Le PCF allait tenir le haut du pavé pour longtemps avant que sa place ne soit contestée avec Mai 68.

La tendance de Craipeau refusait cette rationalisation appuyée sur le dogme de „l’État Ouvrier dégénéré“ qui niait la fermeture de la période ouverte par 1917. Elle cherchait à influencer des secteurs plus larges, notamment du côté des Jeunesses socialistes qui connurent alors une poussée à gauche fort prometteuse (nota : la carrière de Pierre Mauroy au sein du PS débuta par la répression de cette poussée à gauche des JS et l’exclusion des „dangereux“ trotskistes…) Les conditions du moment ne permirent pas à la direction „droitière“ du PCI de tenir, avec un parti tiraillé par les interrogations sur la nouvelle situation mondiale et le maintien triomphal du stalinisme. Ce fut la débâcle avec, pour certains, l’aventure éphémère du RDR. En ces années-là, même si les succès politiques ne furent pas au rendez-vous, Jean-René fort de l’amère expérience des camps nazis participa à l’activité de dénonciation des camps staliniens.

A partir du milieu des années 50, avec la lutte contre la guerre d’Algérie, la naissance du PSU, et les activités de sa Tendance socialiste-révolutionnaire en son sein, cette génération prépara Mai 68. Après le PSU, ce fut la LCR mais cette organisation que Jean-René allait fréquenter pendant plusieurs décennies ne sera jamais l’héritière légitime du POI de 1936, éparpillé par l’épreuve de la guerre, ni même du PCI de la Libération, affaibli dès 1948 avant de sombrer dans la crise de 1952-53. Jean-René gardera ainsi une étiquette de trotskiste indépendant malgré plusieurs passages dans la LCR. Ces dernières années, l’évolution sectaire-électoraliste de cette dernière, devenue NPA, symbolisée par la figure du Facteur (Olivier Besancenot), verra toujours Jean-René et quelques autres „vieux trotskistes“ rappeler le B-A BA du Front unique ouvrier contre la droite et le MEDEF.

Après la disparition de Wilebaldo Solano en septembre dernier, la mort de Jean-René Chauvin marque le départ de la génération qui devait porter la Quatrième Internationale, fondée par Trotski pour vaincre „d’ici dix ans“ et non pas pour tenir ou témoigner.

Olivier Delbeke

A lire :
Un trotskiste dans l’enfer nazi, Mathausen-Auswitch-Buchenwald (1943-1945)
Jean-René Chauvin
Préface de Michel Lequenne
Éditions Syllepse, 2006
245 pages
ISBN : 2-84950-093-3

Lexique :
GR : Gauche Révolutionnaire, tendance de gauche dans la SFIO, dirigée par Marceau Pivert, partisan d’un „Front populaire de combat“ et célèbre pour son éditorial de début juin 1936 „tout est possible !“. Formera le PSOP, Parti Socialiste Ouvrier Paysan en 1938 alors que l’expérience gouvernementale du front populaire aura déjà tourné à l’échec.

POI : Parti Ouvrier Internationaliste, section officielle du mouvement trotskiste en France en 1936 jusqu’à la fusion de 1944, sous différentes appellations après juin 1940.

PCI : Parti Communiste Internationaliste, nom de la section française de la Quatrième Internationale à partir de la réunification de 3 groupes trotskistes en 1944, par la suite, la réalité de cette organisation évolua après les départs de 1948. En 1952-53, durant la crise pabliste, le PCI majoritaire fut exclue de la QI par Pablo. Les lambertistes, dont le courant n’existait pas en 1953, ont cherché à entretenir la fiction d’une continuité de 1944 aux années présentes en ressortant le sigle en 1981 pour l’abandonner ensuite.

PSU : Parti Socialiste Unifié, né en 1958 de la crise de la SFIO engendrée par la guerre d’Algérie et qui amalgama des opposants socialistes à la guerre, des communistes refusant la fausse déstalinisation du PCF, des militants ouvriers chrétiens, des militants trotskistes rescapés des crises du mouvement après la Libération, et même des politiciens bourgeois comme Pierre Mendés-France en quête de logis. A son apogée en 1968, avant d’entamer une lente agonie jusqu’à sa disparition dans le PS en 1981.

RDR : Rassemblement Démocratique Révolutionnaire, aventure politique tentée en 1948 avec, entre autre Jean-Paul Sartre, qui se dispersera aussi rapidement qu’elle fut lancée.

SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière, nom du Parti Socialiste, de 1905 à 1970, avant que ce dernier ne renaisse sous son appellation actuelle avec le congrès d’Épinay dont Mitterrand sortit grand vainqueur.

Eine Antwort zu “Jean-René Chauvin (1918-2011)”

  1. […] Jean-René Chauvin (1918-2011) – obit in English at AWL, in French at Ent. […]

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